L’intérêt didactique et pédagogique
des étapes de réalisation

Globalement, le projet d’écriture, lié étroitement à la vie de la classe, est aussi un vaste projet d’apprentissage, donnant du sens au travail : loin d’être une tâche scolaire, un apprentissage d’emblée livresque, c’est une activité constructive et mobilisatrice, car finalisée. D’abord, elle est valorisante pour les enfants qui deviennent producteurs d’informations à travers un journal, ils se retrouvent dans la peau d’un reporter, d’un journaliste : cet aspect psycho-affectif ne doit pas être négligé. Par ailleurs, ils ne sont pas de simples consommateurs passifs : ils sont impliqués de façon active dans la construction de leurs savoirs et ne peuvent pas tout attendre du maître. Cela ne peut que contribuer à leur autonomie. Le maître ne s’institue d’ailleurs aucunement en adulte seul détenteur du savoir : on fait aussi appel à des spécialistes externes avec les agriculteurs cf. exposé...

On peut penser que même si le maître a cadré les activités, il a laissé une liberté de choix dans les thèmes de travail, les types d’écrits, voire les modalités de production (article individuel, signature collective). C’est responsabiliser les enfants, leur faire crédit de capacités.

C’est encore un exemple d’ouverture de l’école sur l’extérieur, comme l’indique le thème choisi : Une découverte de l’agriculture et une prise de contact avec nos camarades de Terrenoire. La volonté de travailler avec une autre classe est signifiante de partis pris, de même que le choix de conduire des petits citadins de Montplaisir en milieu rural, agricole. On exploite ainsi intelligemment ce qui pourrait rester une simple sortie divertissement, une balade gratuite. Le milieu socio-cultutrel des deux écoles impliquées est très voisin, cela facilite les choses, bien sûr : on peut penser qu'un échange avec une classe de Z.E.P; par exemple, serait plus fécond potentiellement, mais cela poserait de nouvelles questions à résoudre en amont, pour jeter des ponts par dessus des fossés. La fracture sociale existe bien, même si l'école récuse de s'en accomoder.

La préparation du travail demande éventuellement de développer des compétences d’organisation : il faut anticiper, se répartir les rôles, préparer activement la sortie pour qu’elle soit efficace. Cela a une dimension sociale et transversale : il faudra travailler en grand groupe pour harmoniser et en petits groupes (binôme, trinômes). De même, par la suite, une écriture à plusieurs demandera une orchestration, une division efficace des tâches mais elle est riche et constitue une facilitation pour la planification comme la phase de révision/ réécriture cf. Garcia-Debanc, L’élève et la production d’écrits.

La visite sur le terrain doit relancer la motivation et impulser les échanges oraux sur le terrain et ensuite, de retour en classe. L’observation menée en équipe avec les élèves d’une autre école est intéressante, amenant à confronter pendant la sortie des représentations, échanger des connaissances culturelles diverses. La visite implique un usage fonctionnel de l’écriture : on prend sans doute des notes, on remplit un questionnaire sur l’agriculture : on s’outille en cycle 3 des technologies intellectuelles nécessaires.

Dimension pratique du travail sur l’espace avec l’orientation, usage en situation de carte géographique, production de plans… Les apprentissages ainsi ne sont pas séparés mais fédérés : des ponts s’établissent entre disciplines — sciences et français ; le travail en français disciplinaire lui-même ne peut que lier lecture et écriture, écriture et structuration de la langue. En écrivant, les enfants réinvestissent leurs compétences sur le bas niveau linguistique. Des activités décrochées doivent aussi donner les moyens de résoudre des problèmes de langue, de grammaire et d’orthographe rencontrés dans les productions. La conception de la grammaire doit sûrement dépasser la grammaire de phrases et traiter des unités textuelles en termes de grammaire de texte. Cf. les divers problèmes d’énonciation à résoudre suivant le type de compte-rendu adopté ; le texte deux (Cécile, Mélanie, Eddy) donnant un admirable exemple de distanciation et d’effacement des trois scripteurs : Les élèves ont répondu à un questionnaire…

Le modèle d’écriture de l’expert selon Hayes et Flower implique une fonction récursive de réécriture : les enfants ont donc été associés au diagnostic des dysfonctionnements de leurs productions et ont réécrit leurs premiers jets : nous n’en avons pas la trace directe, mais la qualité des textes, comme le toilettage final, en témoignent. Cela implique un travail d’évaluation et d’élaboration de critères avancé.

Les enfants sont amenés à se confronter à une variété de types d’écrits riches, on est bien loin de la rédaction d‘antan, fiction unique de texte ! Comptes rendus divers, objectifs et subjectifs, de la sortie, description du paysage, fiche d’identité sur un animal, texte informatif sur les outils etc. Divers types de textes — séquences d’Adam — sont ainsi pris en compte dans une interaction lecture / écriture : narratif, descriptif, explicatif.

Bien entendu, à divers moments, il faut lire, se documenter sur des écrits d’experts différents, soit pour chercher des informations complémentaires, non rapportées du terrain, soit pour en vérifier d’autres (usage d’encyclopédies, de documentaires) ou pour se donner des modèles, des critères d’écriture, distancier sa propre production… Ces lectures seront fonctionnelles, variées dans les supports comme les stratégies et finalisées : elles permettront l’usage de la BCD comme centre de documentation, espace de recherche et de travail, vraisemblablement. En bon didacticien du français, le maître sait habilement lier lecture et écriture. Vu le type de documents réalisés, il est clair que les enfants ont dû travailler sur l’écriture de la presse, des magazines à tout le moins : travail sur le chapeau, la titraille, l’organisation et hiérarchisation des informations.

La modalité de présentation, sous forme de magazine, bien choisie pour des textes documentaires, incite à penser que les enfants en phase d’édition au minimum ont été amenés à se servir d’un traitement de textes pour mettre au propre leurs écrits, voire à découvrir des rudiments de P.A.O. pour la mise en page sophistiquée à ce niveau. Cela implique l’usage de l’ordinateur comme outil, conformément aux I.O.

© Ce travail riche et dense prépare les enfants pour la suite de leurs études et les arme.

RETOUR AU SOMMAIRE